Un projet Cardie visant à étudier les effets du bilinguisme français-anglais sur les apprentissages des élèves en REP dans les disciplines fondamentales

La circonscription d’Orthez a contacté l’ESPE à la fin de l’année universitaire 2015-2016 en demandant une formation spécifique sur le bilinguisme français-anglais pour l’équipe enseignante de l’école Charles de Bordeu à Mourenx. Des postes à profil ont été créés pour recruter des enseignants formés pour enseigner l’anglais et en anglais aux élèves. Néanmoins, il y a une différence entre enseigner l’anglais comme une langue vivante, et enseigner d’autres disciplines en anglais. Les difficultés engendrées par cette différence, ont amené l’inspectrice de circonscription et son équipe à se demander si les élèves entrant dans ce dispositif bilingue n’en pâtissaient pas, d’autant que pour certains d’eux, le français est uniquement la langue de scolarisation.

Trois formateurs permanents de l’ESPE membres du laboratoire Lab-E3D, Marie-France Burgain, EC en anglais, Patrick Gibel, EC en mathématiques et Karine Dorso, enseignante en français, ont déposé conjointement avec la circonscription d’Orthez un dossier à la CARDIE. Ce projet a été déposé en mars 2017 pour la rentrée 2017 et sera reconductible sur trois années. La problématique du projet est : à quelles conditions le bilinguisme peut-il être un vecteur d’amélioration des apprentissages dans les disciplines fondamentales en REP ? Les interrogations de la circonscription, celles des enseignants ont été prises en compte et reformulées comme autant de questions de recherche : la question de l’alternance des deux langues, la question de la continuité des apprentissages dans la progression en mathématiques et la question du sens des apprentissages pour l’élève.

Le projet Cardie s’inscrit dans le cadre d’une recherche collaborative prenant en compte le questionnement des enseignants. Des séances issues des progressions élaborées par les enseignants, mais également des situations didactiques conçues conjointement par les enseignants et les formateurs sont observées, filmées[1]et analysées de différents points de vue : didactique, linguistique et langagier. Les analyses produites sont présentées par les formateurs aux enseignants et conduisent à un retour sur l’élaboration et la mise en œuvre des situations d’enseignement-apprentissage, l’inspectrice de circonscription ayant prévu le remplacement des enseignants concernés. Des conseillers pédagogiques participent à ces séances de travail.

Un bilan provisoire autour des trois axes de la recherche formation peut être dressé :

Sur la question de l’alternance entre le français et l’anglais (la question de la parité horaire, ayant été évacuée en partant du principe qu’elle évoluerait au fil de l’année scolaire en cours)

La principale interrogation des enseignants portait sur l’organisation de l’emploi du temps de la classe et la répartition des disciplines à enseigner soit en anglais, soit en français. En effet, une enseignante avait en charge l’intégralité des disciplines dans les deux langues, d’autres avaient en charge quelques disciplines en français et d’autres disciplines en anglais. Cette situation complexe s’inscrit dans le niveau macrode l’alternance L1/L2 mais également dans le niveau méso, puisqu’il s’agissait de savoir comment intégrer des séances en anglais dans une séquence de mathématiques élaborée par une autre enseignante en français. Enfin, la question de savoir quand, comment et pourquoi avoir recours à l’une des deux langues lors d’une même séance, taraudait les enseignants chargés de faire la classe en anglais. La question de la compréhension des consignes et explications données en anglais, ainsi que l’apprentissage des contenus disciplinaires dispensés en anglais étant une préoccupation constante des enseignants. Cet aspect relève de la micro-alternance entre les deux langues.

Sur la question de la continuité des apprentissages et de la cohérence dans la programmation en mathématiques et plus spécifiquement dans le domaine numérique.  Dans plusieurs classes de l’école, certains PE enseignent en anglais les mathématiques conjointement avec une collègue qui les enseigne en français. Toute la difficulté pour l’enseignante « anglais » est de collaborer avec plusieurs collègues, parfois sur plusieurs niveaux, et donc de s’intégrer à des séquences différentes. Lors de quelle phase de l’apprentissage l’enseignement des mathématiques en anglais aurait-illieu ?  Avec les mêmes outils de référence ? Des outils bilingues ?

La décision a été prise d’élaborer progressivement avec les enseignants un répertoire de connaissances commun aux enseignants « français » et « anglais ». Ainsi des situations d’enseignement-apprentissage permettant de travailler l’appropriation et l’usage « en situation » des notions mathématiques visées ont été conçues par les enseignants et le formateur de mathématiques.

Sur la question du sens des apprentissages. Pour permettre aux élèves de se confronter à des situations d’apprentissage complexes qui requièrent l’utilisation d’outils dont ils comprennent progressivement la finalité réelle, la mention explicite du lien entre les situations didactiques et les situations sociales de référence, mais aussi les écarts qui existent entre elles, doit être explicitement faite. Plus concrètement, dans la classe bilingue se poser la question du « Pourquoi j’enseigne ce contenu disciplinaire ? », permet de répertorier les différentes situations sociales de référence et de les décliner en termes d’unités conversationnelles, de structures linguistiques, de lexique, propre à chaque communauté linguistique et culturelle.

 

Bilan intermédiaire

La dernière séance de travail menée avec les enseignants début juin a permis de dégager quelques principes didactiques, mais également des souhaits quant à l’organisation interne de l’école.

Les situations didactiques en mathématiques doivent donner lieu à un enseignement explicite car elles visent le développement du langage oral, du langage écrit, d’abord en français, puis en anglais. Tous les apprentissages nouveaux en mathématiques sont faits en français, la phase d’entraînement de l’apprentissage, se poursuit en anglais. Pour que le répertoire de situations et d’outils soit cohérent et  efficace, il faudrait que  ce soit le même enseignant « anglais » qui élabore et fasse l’intégralité de l’enseignement des mathématiques, y compris en français, et ce en ayant en tête le Pourquoi de ces apprentissages ce qui lui permettra d’élaborer  des séances de mathématiques dispensées en langue  anglaise dans lesquelles les élèves s’approprient structures linguistiques et lexique de la vie courante grâce à des mises en situation de communication authentiques premier pas vers l’approche actionnelle prescrite par les programmes.

Marie-France Burgain, Enseignant-chercheur en anglais,
Patrick Gibel, Enseignant-Chercheur en mathématiques
Karine Dorso, enseignante en français

[1]Avec du matériel acheté grâce au financement du projet.

A propos de Pôle Pi

Pôle Pédagogie & Informatique de l’ESPE d’Aquitaine