Qu’est-ce que mettre en scène ?


Rencontre avec Jean-Luc Olliver, metteur en scène de la Compagnie Le Glob
– « Les Jeudis de la Culture », 49 min.

Rencontre à propos de la création de son spectacle : Quartett d’Heiner Müller, adaptation des « Liaisons dangereuses » de Choderlos de Laclos

« Voilà une vraie question ouvrant un champ infini. La mise en scène est un art jeune et n’apparait en tant que tel qu’à la fin du 19° siècle.  Autrefois, les spectacles se réglaient entre comédiens, sous la direction d’un chef de troupe comme durent le faire Molière ou Shakespeare (un régisseur. Mot employé avec ce sens encore après la seconde guerre, c’est comme cela que Vilar désirait être nommé). La mise en scène était l’organisation des évènements scéniques, entrées, sorties, ainsi que la bonne marche des différentes techniques de la scène.
Du moins l’imagine-t-on. Mais est-ce très différent aujourd’hui ?
Ce qui fait réellement la différence, c’est l’émergence de la notion de « point de vue ». L’acceptation qu’une pièce écrite peut être interprétée, et que cette « lecture singulière » peut à son tour faire œuvre. La même pièce peut alors donner lieu à des mises en scène radicalement différentes, ouvrant de nouvelles perspectives, bousculant des idées reçues, ou restant relativement conventionnelles et discrètes.
Le metteur en scène, en tant que traducteur d’un univers à un autre, car il s’agit toujours de passer de l’écrit au langage scénique,  devient un artiste quand il impose à une œuvre sa propre singularité, son propre positionnement politique, esthétique ou émotionnel.  Tous les metteurs en scène, dirigeant une équipe, ont en commun d’organiser, de mettre en forme, l’ensemble des signes que constituent l’espace, la lumière, le décor, les costumes, les sons avec en parallèle le travail très particulier de la direction d’acteur.
Aucun ne le fait de la même manière, ni avec la même recherche.
On a vu également émerger depuis 40 ans des spectacles dont le texte n’était plus le moteur, le metteur en scène devenant à la fois auteur et réalisateur d’une écriture directement issue du plateau. Il n’est plus alors un passeur mais le créateur d’un monde en devenir.  A partir de là, toute définition devient subjective et doit rendre compte d’un trajet personnel.
En partant très concrètement de mon parcours, passant par ces deux pratiques,  je vous propose donc de tenter de mettre un peu en  lumière ce métier  de l’ombre… »

Jean-Luc Ollivier

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Pôle Pédagogie & Informatique de l’ESPE d’Aquitaine